La vitrine aux verres...

Je n’ai pas chercher de transition c’est venu comme ça, après l’apéritif au noix de Victorine, voici ma dernière acquisition installée : une vitrine à verres.
C’était un bistrot auquel on accédait par trois marches, il ouvrait directement sur la place du village, face à la fontaine où venaient s’abreuver les vaches. Aucune sonnette ne signalait notre venue, on montait, on entrait, c’est tout. De chaque côté contre le mur des tables de bois toutes simples, des chaises « bistrot » un vieux poêle. De la porte de la cuisine toujours ouverte s’échappaient des effluves de lapin en sauce, de potée auvergnate, de tripoux. Au fond sur la droite une table poussée contre le mur était chargée de bouteilles, Avèze, pastis, Dubonnet, Byrrh, sirops de menthe, de citron, de grenadine et d’orgeat, et au dessus de cette table une grande vitrine où les beaux verres étaient exposés. Les verres courants (Duralex modèle Picardie bien connu), quant à eux étaient simplement posés à la renverse sur un torchon immaculé. Personne. Puis de la cuisine parvenait la voix puissante de la Marie Tempère : « Asta vous, j’arrive » Par la voix on s’attendait à voir surgir une forte matronne, point du tout, un petit trognon de femme s’essuyant les mains à un torchon, surgissait, cheveux grisonnants, grosses lunettes, enveloppée dans un devantier. Elle connaissait mon père et s’engageait alors une conversation en patois (que je comprends, mais que je n’ai jamais su écrire). Elle me servait un citron limonade dans un grand verre de chez Pagès, tandis que mon père avait droit à un pastis bien tassé dans ses somptueux verres de la vitrine, anciens verres à pieds avec 3 boudins que l’on utilisait pour servir l’absinthe. Marie retournait dans sa cuisine pour surveiller son fricot et poursuivait la conversation. Parfois j’avais droit à une grosse part de tarte aux prunes à la pâte épaisse, au jus dégoulinant sur mes mains : un bonheur. A midi les veufs et les célibataires venaient confondre leur solitude devant les assiettes bien remplies, le vin et le pain était en libre accès, le service à la bonne franquette, mais parfois quelques touristes égarés montaient les escaliers, en ressortant ils regardaient ravis la modeste devanture où s’inscrivait en grosses lettres à demi effacées TEMPERE, encore étonnés d’avoir si bien mangé, si bien bu sans écorner leur pécule des vacances. Une femme courageuse Marie quand le docteur lui a dit qu’elle était très malade et qu’il fallait l’hospitaliser, elle a fait piquer ses chiens, deux énormes bestiaux au poil raide et jaune, elle ne voulait pas qu’ils soient placés n’importe où et puis comme on dit ils avaient fait leur temps. Pour la première fois la porte est restée fermée, le jour de sa mort de gros volets de bois ont été accrochés. Il y avait à l’époque quatre bistrots dans le village, il n’y en a plus un seul. Marie regarde sûrement de son coin de ciel ce morceau du Massif Central et elle trouve que la Campagne est bien jolie quand fleuri la bruyère dans le creux des sucs.

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Vos remarques, vos petites visites, sont pour moi des rayons de soleil, merci pour cette douce chaleur.

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